Vidéo L'entrainement des coureurs français (1945-1970) à la recherche d'une méthode "française"

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  • Publié le 25 septembre 2012
  • CATEGORIES VIDEO COMMUNES OK : Mémoire / Histoire

En France, après la seconde guerre mondiale, l’entraînement des coureurs de demi-fond est parcouru par de nombreuses tensions et des différences de points de vue qui aboutissent souvent à des discussions violentes et passionnées. Deux grandes méthodes s’imposent, en effet, en Europe et structurent le paysage athlétique français en deux camps : la méthode « naturelle » ou méthode dite « suédoise » et la méthode « scientifique », celle de l’Allemand Gerschler, reposant sur des bases physiologiques, encore appelée « interval-training ». Elles mettent en évidence, non seulement des conceptions de l’activité presque opposées, mais plus largement des conceptions philosophiques et des niveaux et natures de justifications différents. Les conceptions françaises se forgent autour de ces deux grandes conceptions de la préparation qui constituent ainsi la toile de fond des discussions sur le demi-fond pendant ces vingt années. Elles font émerger des critiques, des résistances, qui mettent en évidence les enjeux sousjacents à l’entraînement.

L’analyse de ces résistances à l’une ou l’autre des méthodes permet ainsi de mieux comprendre les conditions nécessaires à l’évolution des conceptions de l’entraînement et à leur diffusion jusque dans les pratiques. Notre étude rejoint ainsi les travaux réalisés par G. Bruant ou encore J. Defrance qui montrent comment les innovations, qu’elles soient technologiques ou techniques, ont du mal à s’imposer et se généraliser dans le milieu athlétique, l’un dans le milieu de la course à pied, l’autre dans celui du saut à la perche. L’environnement social et culturel est alors envisagé comme un facteur primordial de l’évolution qui ne peut plus être pensée comme le résultat de facteurs internes et de décisions volontaires à effets immédiats, mais davantage comme un processus qui intègre nécessairement des facteurs plus généraux et de nature variée.

Notre réflexion, qui s’inscrit dans le champ de l’histoire sociale et culturelle, vise à mieux les cerner. Elle s’appuie sur les discours des acteurs français de l’entraînement dans les années concernées. Revue fédérale, revue de l’amicale des entraîneurs français, presse spécialisée, manuels d’entraînement constituent ainsi nos sources principales.

Elles permettent de mettre en évidence tout d’abord des enjeux sportifs liés à la nécessité d’être efficace qui expliquent le rejet d’une méthode par un manque d’efficacité pour mener les athlètes à la performance attendue. Au-delà de l’aspect purement sportif, ce sont cette fois des enjeux culturels et idéologiques qui peuvent être évoqués. Ils peuvent dans un premier temps s’enraciner dans des problématiques identitaires nationales qui dépassent les conceptions de l’entraînement. Pour « rester Français », il faut ainsi refuser les méthodes venues de l’étranger ou au moins les critiquer avant de se les approprier. Dans un deuxième temps, il semble qu’une certaine représentation de la « Science » toute puissante fasse peur. Les sciences sont associées ici à une robotisation et à une déshumanisation contre laquelle il convient de lutter. Dans un dernier temps, il est possible d’évoquer un « choc de cultures » entre les techniciens non forgés aux connaissances scientifiques et les scientifiques eux-mêmes parfois éloignés des réalités quotidiennes et matérielles de l’entraînement. Il faut ici questionner la nature des connaissances utilisées dans l’entraînement et la nécessité d’une réflexion épistémologique se fait jour. Enfin, il est impossible de faire abstraction des enjeux de pouvoir qui sous-tendent toutes les relations entre le monde scientifique et celui des « hommes de terrain ». Les scientifiques ou les médecins représentent ici un danger potentiel pour l’entraîneur qui veille à la sauvegarde de son territoire et de sa relation privilégiée avec l’athlète.

 

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